On reçoit régulièrement en consultation des patients qui décrivent la même situation : une douleur de tête installée depuis plusieurs heures, accompagnée d’une sensation de rotation ou d’instabilité. Le réflexe est souvent de traiter chaque symptôme séparément, avec un antalgique d’un côté et un antivertigineux de l’autre. Cette approche passe à côté d’un diagnostic de plus en plus documenté : la migraine vestibulaire, qui associe céphalées et vertiges dans un même mécanisme neurologique.
Migraine vestibulaire : le diagnostic que le généraliste rate souvent
Quand un patient se plaint de maux de tête et de vertiges simultanés, le parcours classique passe par un bilan ORL, puis éventuellement une imagerie cérébrale. Le problème, c’est que ces examens reviennent normaux dans la majorité des cas de migraine vestibulaire. L’IRM est propre, l’audiogramme aussi.
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Le diagnostic repose avant tout sur l’interrogatoire. On cherche des crises de vertiges durant plusieurs minutes à plusieurs heures, associées à des céphalées pulsatiles, une photophobie ou une phonophobie. La difficulté tient au fait que les vertiges et les maux de tête ne surviennent pas toujours en même temps. Un patient peut avoir des épisodes de vertiges isolés pendant des semaines avant qu’une céphalée ne se manifeste.
En pratique, tenir un calendrier de crises reste le meilleur outil diagnostique. On demande au patient de noter la date, la durée, les symptômes associés (nausées, sensibilité à la lumière, acouphènes). Après quelques semaines, le schéma se dessine.
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Bilan vestibulaire et imagerie : quels examens prescrire en priorité
Face à des étourdissements récurrents couplés à une douleur crânienne, le médecin doit trancher entre plusieurs pistes. Le bilan vestibulaire complet, réalisé par un ORL, constitue la première étape logique. Il comprend plusieurs épreuves.
- La vidéonystagmographie (VNG) analyse les mouvements oculaires involontaires pour repérer une atteinte de l’oreille interne ou des voies vestibulaires centrales.
- L’épreuve calorique stimule chaque oreille séparément avec de l’eau chaude et froide, ce qui permet de comparer la réactivité des deux côtés.
- Le test VHIT (Video Head Impulse Test) évalue le réflexe vestibulo-oculaire lors de mouvements rapides de la tête, utile pour détecter une névrite vestibulaire ou un déficit unilatéral.
- L’audiogramme complète le bilan, notamment pour écarter une maladie de Ménière où la perte auditive est un critère diagnostique.
L’IRM cérébrale n’est pas systématique. On la prescrit quand les vertiges sont d’apparition brutale, accompagnés de signes neurologiques (troubles de la déglutition, diplopie, déficit moteur) ou quand le bilan vestibulaire oriente vers une origine centrale. L’objectif est d’éliminer une lésion du tronc cérébral ou un neurinome de l’acoustique.
Traitements de fond anti-CGRP : ce qui change la prise en charge des vertiges migraineux
La prise en charge de la crise repose sur les mêmes molécules que la migraine classique : paracétamol, anti-inflammatoires non stéroïdiens, triptans. On y ajoute parfois un antiémétique quand les nausées dominent. Rien de nouveau sur ce plan.
Ce qui a réellement modifié la donne ces dernières années, ce sont les traitements de fond par anticorps anti-CGRP. Ces molécules, initialement développées pour la migraine chronique, montrent des résultats sur la composante vertigineuse des migraines vestibulaires. Le principe est de réduire la fréquence globale des crises, vertiges compris.
La toxine botulique représente une autre option de fond pour les patients dont les crises restent fréquentes malgré un traitement oral bien conduit. Ces approches sont prescrites par le neurologue, généralement après échec d’au moins deux traitements de fond classiques (bêtabloquants, topiramate, amitriptyline).
Céphalées par abus médicamenteux : un piège fréquent
Un patient qui cumule maux de tête et vertiges depuis des mois finit souvent par prendre des antalgiques ou des triptans de façon quasi quotidienne. Au-delà d’une certaine fréquence de prise, les médicaments eux-mêmes entretiennent la douleur chronique. Les recommandations de l’European Academy of Neurology préconisent un sevrage structuré : arrêt progressif de l’antalgique incriminé, mise en place simultanée d’un traitement de fond, et suivi rapproché pendant la période de rebond.
Ce sevrage est inconfortable mais nécessaire. Sans lui, aucun traitement de fond ne peut fonctionner correctement.

Rééducation vestibulaire et vertiges positionnels : le volet non médicamenteux
Tous les vertiges associés à des maux de tête ne relèvent pas de la migraine vestibulaire. Le vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB) reste la cause la plus fréquente de vertiges brefs déclenchés par les changements de position. Il se traite par des manœuvres libératoires (Epley, Sémont) réalisées par un ORL ou un kinésithérapeute formé.
La rééducation vestibulaire intervient quand un déficit persiste après une névrite vestibulaire ou quand l’instabilité chronique ne répond pas aux traitements médicamenteux. Les séances, réalisées chez un kinésithérapeute spécialisé, visent à reprogrammer les réflexes d’équilibre par des exercices de stabilisation du regard et de contrôle postural.
Pour la maladie de Ménière, la prise en charge combine une alimentation pauvre en sel, la bétahistine et parfois des diurétiques. Les retours varient sur l’efficacité de la bétahistine selon les patients, mais elle reste prescrite en première intention dans la plupart des protocoles ORL.
Quand consulter en urgence pour des maux de tête avec vertiges
La grande majorité des associations céphalées-vertiges sont bénignes. Quelques situations imposent une consultation rapide, voire un passage aux urgences :
- Un vertige brutal accompagné de troubles de l’élocution, d’une vision double ou d’une faiblesse d’un côté du corps oriente vers un accident vasculaire cérébral.
- Une céphalée d’intensité maximale d’emblée (« coup de tonnerre ») nécessite une imagerie en urgence pour écarter une hémorragie méningée.
- Des vertiges persistants avec perte auditive unilatérale brutale justifient une prise en charge ORL rapide, idéalement sous 48 heures.
En dehors de ces situations, le parcours passe par le médecin traitant, qui oriente vers l’ORL pour le bilan vestibulaire ou vers le neurologue si le profil évoque une migraine vestibulaire. La coordination entre ces deux spécialistes accélère le diagnostic et évite les examens redondants. Un patient bien orienté dès la première consultation gagne souvent plusieurs mois sur sa prise en charge.

